23.12.08
Mes lacets sont des fées
Je pédalais tout ce que je pouvais, c'est à dire par ce matin glacial et ensommeillé, pas très très vite. J'avais la tête enfoncée dans mon bonnet en animal mort, le col roulé jusqu'au nez et le reste pris au vent. J'étais dans une descente après un virage où un pépé à mobylette avait voulu me doubler par la droite alors qu'une clio avait fait un écart vers nous pour en éviter une autre qui sortait d'un garage. Je me félicitais d'avoir eu la présence d'esprit de ralentir le pédalage (donc si tu suis bien, ralentir quelque chose de pas rapide c'est s'arrêter voire des fois reculer) quand ma pédale gauche s'est immobilisée m'emportant le pied avec m'obligeant à ne plus répondre de rien.
Au lieu de paniquer je soufflais en regardant si j'avais de quoi m'arrêter. J'identifiais le problème. Au fur et à mesure du pédalage, mon lacet s'était enroulé autour de la pédale, nous étions arrivés à la fin et ça bloquait.
En sifflotant l'air de rien, je dépédalais pour détortiller ce bordel et me félicitait que ça ne me soit pas arrivé au milieu du potentiel accident en me disant que vraiment il fallait que j'arrête le vélo.
20.12.08
Quand la musique est bonne
J'en peux plus, je vais tuer quelqu'un. Au choix un connard déguisé en Père Noël au coin d'une street et d'une autre. Ici tu peux pas rentrer dans un magasin sans entendre, que dis-je, SUBIR les musiques de Noël.
Et "Jingle Bells Rock" en mariachi, et "Santa Claus is coming to town" en r'n'b. Et façon Beach Boys, et puis Mariah Carey, puis en wapdoowap, et en Sinatra. Même à Chinatown ils les passent en ding ding dong. J'en peux plus. Sont complètement cons c'est pas possible.
Dis tonton pourquoi tu tousses?
Ma mère n'est jamais malade. Jamais.
Sauf quand elle est en vacances avec nous. Et chaque fois c'est la même chose. Elle commence par se racler la gorge, puis par toussoter puis par avoir des quintes de toux à s'en faire vomir.
Evidement avec ma soeur ça nous fait beaucoup rire comme des baleines. Alors on la pousse à tousser pour rigoler un bon coup. On est des putes. Ma mère elle, elle grogne pour nous dire d'arrêter de se moquer mais c'est plus fort que nous, on continue de lui raconter des conneries pour qu'elle se marre, puis tousse puis court aux toilettes pour vomir. A Amsterdam elle nous l'avait déjà fait ce coup, elle se retenait de rire mais on était tellement drôles qu'on gagnait à chaque fois. Elle toussait tellement qu'elle avait même dû s'arrêter sur un trottoir, poser sa valise et tousser, ce qui nous avait valu de rater le Thalys. Là on riait déjà moins.
Cette fois encore, comme une tradition à laquelle on échappe jamais, ça n'a pas loupé. Elle tousse. Elle tousse tellement qu'elle s'en empêche de dormir toute seule. Et nous, nous rions comme des morues.
Sauf que là pour la première fois elle m'a contaminée. Et ma pute de soeur se marre toute seule pendant qu'on tousse à s'en faire péter le gosier.
19.12.08
Qui a tué Laura Palmer?
Tsss c'te cruchasse n'a jamais été assassinée par personne, mais cet abruti de Kyle McLachlan il te fait croire pendant plus de 20 épisodes que si.
Moi je sais ce qu'il s'est passé. Laura était en voyage à Saint-Francis avec ses parents, elle faisait guide touristique munie de son National Geographic, du guide Evasion et du guide publié par la ville elle-même. Tous les matins elle dessinait l'itinéraire pour voir, d'après les bouquins, de somptueux quartiers, des villas fabuleuses et des peintures exceptionnelles. Chaque matin, elle distribuait à chaque membre de sa famille son argent de poche du jour et donnait des recommandations, portant tout le paquetage à bon port.
A chaque découverte de monuments, d'endroits ou de quartiers, après avoir grimpé, descendu, regrimpé, redescendu des nob, russian, telegraph et autres hills dont elle ne pouvait plus, elle se trouvait toujours face à des endroits décevants.
Le clou du spectacle fut quand après avoir lutté pour trouver ce putain de bus 37 Cornett to Barnett and Parkridge, elle a failli mourir 34 fois parce que le driver faisait nawak et qu'arrivée en haut des twin peaks (non pas ceux de mon soutien-gorge) pour voir un panorama de 360° sur toute la ville et la baie par temps clair non venteux si tu te mets sur ton orteil droit, elle s'est rendue compte qu'elle était entourée de pylones et qu'on y voyait rien. Là elle se tua elle-même. N'en pouvant plus, et n'ayant pas le courage d'attendre de rentrer chez elle.
Fallait me demander à moi plutôt que de faire une série bizarre avec un nain inquiétant et Chris Isaac sans guitare qui chante même pas la vérité. Tsss.
18.12.08
Do the ride thing
Pendant que toi t'étais en train de te faire chier à coucher tes gosses les dents propres et qu'ensuite tu t'endormais le nez dans ton bouquin en bavant sur ton conjoint qui pense à sa secrétaire en levrette, moi j'étais en train de bike the bay and the bridge. Hé ouais.
C'est ça qu'est sympa à Saint-Francis c'est de louer des vélos, de regarder la carte et de dire "hey fingers in the nose man, we'll be back before 5 o' clock". Et puis tu déambules le long de la marina où les femmes d'hommes importants font leur jogging en poussant leur gosse dans le landeau. Et puis à coups de pédales, tu grimpes le Golden Gate Bridge où des débiles font leur jogging le nez dans les pots d'échappement de la 4 voies et où le bruit est strident (mais la vue somptueuse) et ensuite tu dis "hey allez les mous du genou, on se bouge le cul et on se tape tout le Presidio Park et le Lands End, plus vite que ça bande de cons" (tu t'en fous, chaque fois que tu leur poses une question, ils te répondent tellement pas que tu sais que là non plus ils t'écoutent pas) (faire G.O c'est une vocation et je crois l'avoir) et puis ensuite tu vous perds dans la pampa, t'en peux plus et tu dis "ok guys, let's go back in town to take a smoothie" (tu es devenue accro aux smoothies strawberry/banana de Jack in the box depuis ton petit déjeuner l'autre jour).
Mais t'es contente parce que tu as bike the bay and the bridge.
La p'tite bête qui monte, qui monte
Le premier (ou la première, j'en vois venir certaines par paquet de mille) qui me dit que Saint-Francis c'est soooo cuuuuute avec son hilly paysage que c'est sooooo romantic and really nice je lui pète la gueule. Tout simplement.
Parce que c'est pas toi qui squattes au milieu et qui passe ta vie à faire les montagnes russes à pieds que je sache. C'est pas toi qui uses tes semelles de fausses converses défoncées sur le bitume de russian hill. C'est pas toi.
Alors tu dis rien et c'est mieux comme ça!
09.12.08
Ça plane pour moi
Déjà que ça semble difficile pour ma mère de m'attendre 10mn entre Alésia et Pasteur parce que soit disant on va pas se retrouver au milieu de tout ce monde, qu'est-ce que ça va être de m'écouter à Roissy, Philadelphie et tutti quanti? Je crains le pire.
Et pourtant qu'est-ce qui peut être pire que ma collègue, la semaine dernière, qui prend l'avion avec moi pour la toute première fois toute toute première fois (toute toute ha haaaaa) de sa vie, shootée aux lexomils, les yeux fixés sur rien que du vide, des larmes qui roulent toutes seules et qui se met à hurler au moment du décollage et finit en crise de tétanie sur le siège à côté de moi? Bein je vais te le dire.
Ma mère qui pige rien et met le doute dans mon sens inné de l'orientation en me disant qu'on est déjà passé là. Ma mère encore qui comprend pas comment elle va bien pouvoir se laver si on a pas le droit d'apporter des produits de beauté dans sa valise (!!!) ni son sac à mains. Ma mère toujours qui voudrait bien savoir comment faire pour emporter 12 bouquins dans son bagages à main (un livre par jour et pas un livre poche s'il vous plait). Ma mère inlassablement qui si je me souviens bien a peur de l'avion. Mon beau-père (pour changer) qui va être si shooté aux médocs qu'il va falloir avoir une ordonnance pour avoir le droit de le trimballer. Des gens qui parlent une autre langue et moi, au milieu de ce tandem de choc, qui ne pigera rien et ne fera rien que de me poser des questions exprès pour m'embrouiller mon esprit embué de larmes et de manque de la peau du ventre de mon chien.
Je crois que d'entrée je vais les engueuler. Pour prévenir, au cas où. Et ensuite je prendrais 2-3 lexomils histoire de les oublier. Et je partirai dans mes songes coller ma tête contre le ventre de l'homme et je me laisserai flotter.
25.11.08
Pour le meilleur et pour le pire
Si, quand tu t'ennuies et que tu sais vraiment pas quoi faire (mais alors vraiment pas de vraiment pas hein) tu tapes "demandes en mariage" sur Google, tu seras surpris du nombre de greluches qui racontent où quand comment dans quelle position leur bel étalon leur a demandé leur main. Moi, ce qui m'a le plus surprise c'est de voir que chaque fois le décor est digne du Bachelor, que la future mariée est déguisée en présentatrice de la météo et que tout le monde est heureux, avec des dents Ultrabrite, en train de siroter du champagne dans un jacuzzi.
C'est un peu une prise en otage de louer une calèche, partir à Marrakech ou réserver une table au restaurant de la Tour Eiffel pour demander la main de l'autre. C'est même un peu hypocrite. Genre tu mets les petits plats dans les grands pour un soir, d'un éblouissement de diamant elle oublie que tu pètes au lit et que ça sent pas toujours très bon dans ton caleçon et elle te dit oui se prenant pour une princesse. En gros, pendant que tu lui offres le meilleur, tu lui demandes de signer pour le pire.
C'est pour ça qu'après l'avoir fait chier toute la soirée à le déranger, à lui faire des reproches (fondés bien entendu) et à lui dire des méchancetés, je me suis pointée poils aux pattes dignes d'une allemande, haleine à la tartiflette et survêt' détendu. Je l'ai une dernière fois appelé à l'autre bout de la maison et je lui ai tendu un écrin abritant un énorme diamant de rond de serviette en rotant.
Au moins, son "oui (mais c'était pas à toi de demander. ha bon? c'était à la voisine peut-être?)" a une bien plus grande valeur et il sait qu'avec moi le pire devient le meilleur.
13.11.08
Avant qu'il ne soit trop tard
J'ignorais que ça arrivait comme ça, qu'en préparant la soupe, le téléphone pouvait sonner avec une mauvaise nouvelle au bout et que d'un coup les aliments n'auraient plus la même saveur. Pour bien longtemps.
Cette fille je l'aimais vraiment bien. C'était une femme qui sentait bon l'humain, la générosité et le sourire. Tu voyais bien que la vie elle avait pas toujours été clémente avec elle et pourtant à aucun moment elle ne tentait de te le faire payer. Tu la voyais danser plus folle qu'une herbe, virevoltante sur terre ou sur une table, enjouée, toujours. Son regard malicieux te laissait entendre que malgré tout ce qu'elle avait dû avoir du mal à avaler, elle restait une coquine de la vie.
Ce soir encore, j'ai mal de sa disparition si soudaine. Je reste incapable de savoir ce que je ressens, je laisse juste les larmes suivre leur chemin, je pense à ce pétillant de l'âme qu'elle nous diffusait à tous et je n'arrive toujours pas à la conjuguer à l'imparfait.
11.11.08
King Kong théorie
Quand j'ai emménagé chez lui il y a un peu plus d'un an et demi, l'ours homme ne connaissait presque pas ses voisins (à part la gardienne de la rue, mais c'est plutôt elle qui le connaissait), ses volets côté rue n'étaient jamais ouverts et tout le monde ignorait qui vivait là. Et puis je suis arrivée, j'ai mis des fleurs dans des vases, j'ai ouvert les volets et même les fenêtres et j'ai fait un truc de ouf: j'ai passé l'aspirateur.
Petit à petit, de bonjours en bonnes journées, j'ai tissé des liens avec ceux qui vivaient là, notamment ceux de la maison d'à droite. Tellement de liens, que de conversations à travers la haie en papotages sur le trottoir, nous avons fini par faire quelques barbecues ensemble et même pas garder de temps en temps leur petit bout de chou de 2 ans.
La petite au début elle se cachait toujours quand elle nous voyait, elle n'avait d'yeux que pour le chien. Jusqu'à ce qu'elle voie l'homme à cheval sur sa moto. Ensuite elle lui courait toujours après et lui, il faisait son bourru mais on voyait bien qu'il aimait ça, qu'elle le préfère.
La semaine dernière, cette petite famille a déménagé et depuis je suis inconsolable, je viens de perdre mes voisins préférés de TOUTE MA VIE. Je regarde par la haie et je ne vois plus la petite appeler le boudin, je ne la vois plus au coin. Tout est vide d'eux et je suis triste.
Pour alléger notre peine et nous venger de cette terrible épreuve que nous envoie le seigneur des voisins, l'homme et moi avons pris la décision de ne pas aimer leurs remplaçants, de ne pas leur faciliter leur intégration et même de les pourrir un peu.
Enfin ça c'était jusqu'à ce que l'homme entame la discussion avec la petite blonde qui vient d'arriver, taillée dans un cure-dent qu'on voit à peine qu'elle est enceinte de 5 mois. J'étais à quatre pattes en train de creuser cette putain de terre remplie de racines pendant que monsieur se pavanait à échanger des prénoms en ricanant comme une jeune pucelle avec la pouff d'à côté.
De "il a quel âge votre chien" à "oui moi aussi je joue de la guitare" en passant par "moi je m'appelle l'homme", la conversation a bien duré 2 minutes TOUTES ENTIÈRES! Et comme si ça ne suffisait pas, je me suis ensuite faite engueuler parce que je ne m'étais pas présentée et que je n'avais pas été accueillante.
De toutes façons, j'ai bien compris que devant une brindille blondasse l'homme n'était que chair faible. Par exemple, samedi, après avoir été du phare au Rocher de la Vierge, pendant que je faisais une halte chez Henriet à me chercher du turon chocolat-pistache, l'homme s'est fait accosté par une tige blonde assez jolie ma foi. En 3 minutes il s'étaient échangés leurs prénoms, où ils habitaient, les noms des chiens et ce qu'ils faisaient ici. Et quand je suis arrivée, elle est vite partie.
Alors voilà, il va me falloir beaucoup de travail et de ressource pour renverser la vapeur et les détester pour deux ces nouveaux voisins. Vu que l'autre là il en est presque à se mettre du sent-bon pour épater la connasse. (Au pire, si elle devient dangereuse, je lui envoie des avions mitrailleurs pendant qu'il escaladera l'Empire State Building).
